Sommaire
- Souveraineté et cybersécurité : les risques auxquels les entreprises européennes font face
- Pourquoi la souveraineté numérique est-elle donc essentielle pour votre cybersécurité ?
- Souveraineté numérique et cybersécurité : un marché stratégique pour les entreprises françaises
- Comment évaluer une solution logicielle souveraine ?
- Souveraineté numérique et cybersécurité : passez de la théorie à la pratique
- FAQ sur la cybersécurité et la souveraineté numérique
- Mentions
Lorsqu’on parle de souveraineté numérique, on fait souvent référence aux bras de fers politiques, aux données sensibles, aux organismes publiques ou encore à la cyberdéfense nationale. Tout le monde en parle, sans nécessairement tenir compte des enjeux opérationnels qu’elle implique pour les entreprises, notamment en matière de cybersécurité.
Souveraineté et cybersécurité : les risques auxquels les entreprises européennes font face
Confier ses données et ses opérations à des acteurs non souverains expose une organisation à des risques critiques qui vont au-delà de la cybercriminalité “classique”. Explorons-les.
L’exposition juridique aux lois territoriales
Chaque jour, des volumes de données sans précédent sont générés et traités. Cependant, une grande partie de ces informations est confiée à des fournisseurs de services cloud dont le siège social se situe en dehors de l'Union européenne.
Cette situation crée une vulnérabilité majeure. En effet, des dispositifs juridiques extra-territoriaux comme le CLOUD Act et le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) aux États-Unis, permettent aux autorités de ce pays d'accéder aux données stockées par leurs entreprises, et ce, indépendamment de la localisation des serveurs.
Concrètement, si c'est le cas pour votre entreprise, vous pouvez vous retrouver face à :
- une perte potentielle de contrôle sur les données sensibles,
- une tension possible avec les exigences du RGPD,
- un risque de conflit de lois.
La souveraineté numérique vise à reprendre le contrôle sur ces flux de données, pour garantir une protection efficace. [1]
Propriété intellectuelle et IA : le risque émergent
L'essor des logiciels d'IA a introduit un nouveau risque. De nombreux éditeurs de logiciels, notamment américains et chinois, intègrent dans leurs conditions d'utilisation des clauses leur permettant d'utiliser les données de leurs clients pour entraîner leurs propres modèles d'intelligence artificielle.
Ce faisant, les entreprises qui utilisent ces services risquent de voir leur propriété intellectuelle, leurs stratégies commerciales et leurs données confidentielles absorbées et réutilisées sans leur consentement explicite.
Choisir un fournisseur qui développe et entraîne ses modèles d'IA en Europe, dans le respect de la législation comme l'AI Act, devient essentiel pour protéger ses actifs immatériels.
La dépendance technologique et autonomie stratégique
La concentration du marché technologique entre les mains de quelques acteurs mondiaux crée une forte dépendance. Une panne majeure, un changement de politique commerciale ou une décision unilatérale d'interrompre un service peut paralyser des milliers d'entreprises.
L'incident mondial du 18 novembre dernier impliquant Cloudfare a rappelé de manière brutale les conséquences d'une telle dépendance sur la continuité des activités.[2]
Cette situation menace l'autonomie stratégique des organisations. Être tributaire d'un fournisseur unique pour des briques technologiques essentielles constitue un risque opérationnel qui doit être activement géré.
Pourquoi la souveraineté numérique est-elle donc essentielle pour votre cybersécurité ?
La cybersécurité a longtemps été pensée comme une question de protection périmétrique : pare-feu, antivirus, segmentation réseau, SOC, détection des intrusions. Ce cadre reste indispensable, mais force est de constater qu’il ne suffit plus.
Face aux menaces, listées plus haut, les entreprises européennes sont amenées à s'appuyer sur des fournisseurs européens.
Cela offre plusieurs avantages concrets :
- Conformité réglementaire : Les acteurs européens sont nativement soumis au RGPD et aux autres directives de sécurité, telles que NIS 2 ou DORA. Des fournisseurs comme Ringover garantissent par exemple un hébergement des données en France et en Europe, assurant ainsi une protection juridique robuste.
- Relation de confiance : La proximité géographique et culturelle facilite la communication, le support technique et l'établissement d'un véritable partenariat.
- Soutien à l'écosystème : Choisir une solution européenne contribue au développement d'un écosystème technologique local, solide et innovant, capable de rivaliser sur la scène mondiale.
Souveraineté numérique et cybersécurité : un marché stratégique pour les entreprises françaises
On perçoit souvent la souveraineté numérique comme une somme de contraintes réglementaires. Mais elle fait naître aussi pas mal d’opportunités pour les acteurs français. Nous avons succinctement évoqué NIS2 [4], mais son entrée en vigueur en 2023 a logiquement fait grimper les exigences.
Comme le souligne le JDN [3], NIS2 a créé une pression supplémentaire sur des sujets au coeur de la réalité terrain des DSI :
- Gestion des risques
- Sécurité de la supply chain
- Notification d’incidents
- Traçabilité
- Contrôle
Ainsi, les éditeurs français (et européens) ont désormais une carte à jouer, celle de la “conformité UE native” . Toutefois, cela ne se fait pas en claquement de doigts : les solutions doivent être certifiées et surtout déployées dans des environnements complexes. Cela demande donc du temps et des investissements :
- une R&D continue (sinon le produit décroche),
- la conformité et les audits (sinon le produit sort du jeu),
- une exploitation robuste (sinon l’entreprise perd la confiance),
- et une force commerciale capable d’adresser des cycles longs.
A terme, les acteurs qui montreront patte blanche, prendront un véritable avantage, notamment aux yeux des grands comptes.
Comment évaluer une solution logicielle souveraine ?
La performance technique reste primordiale, mais elle doit être évaluée à travers le prisme de la souveraineté. Voici les critères essentiels à prendre en compte lors du choix d'une solution.
1. La juridiction réelle (pas la localisation marketing)
Premier filtre : Sous quel droit tombe l’entreprise ?
Ce n’est pas la localisation du data center qui compte, mais :
- le siège juridique,
- la structure capitalistique,
- la chaîne de sous-traitance,
- l’exposition aux lois extraterritoriales.
Un fournisseur européen opéré par une entité soumise au CLOUD Act ne présente pas le même profil de risque qu’un acteur pleinement juridiquement européen.
2. La maîtrise des données (contractuelle et technique)
Une solution souveraine doit garantir :
- stockage et traitement en UE,
- absence d’usage secondaire des données,
- non-utilisation pour entraînement IA,
- portabilité complète des données.
Lisez attentivement le Data Processing Agreement (DPA) et vérifiez les clauses d’entraînement IA. Profitez-en pour analyser la réversibilité, et n’hésitez pas à poser des questions à votre interlocuteur.
3. L’intégration technique dans un SI réel
Une solution souveraine mais isolée devient un silo.
Vérifiez :
- la présence d’une vrai documentation pour les API
- l’intégration SIEM (Security Information and Event Management)
- la compatibilité IAM (Identity & Access Management)
- la capacité à s’insérer dans un SOC existant.
La souveraineté ne doit pas casser l’architecture.
4. La capacité à opérer en environnement critique
Un produit “conforme” ne suffit pas. Il doit être capable d’être déployé :
- dans un environnement NIS2,
- avec des exigences de continuité fortes.
- Demandez des références clients comparables et des audits.
5 . La solidité financière de l’éditeur
On en parle peu, mais ce sujet est central.
Un éditeur sous-capitalisé ne tiendra pas la cadence face à
- la R&D continue,
- la pression réglementaire,
- les cycles de vente longs,
- les exigences d’audit.
6. La trajectoire produit à moyen terme
Posez une question simple du style “Où serez-vous technologiquement dans 24 mois ?”
Si l’éditeur ne peut pas expliquer sa roadmap, son modèle d’investissement et son positionnement face aux évolutions réglementaires (NIS2, DORA, AI Act), la décision comporte un angle mort.
Souveraineté numérique et cybersécurité : passez de la théorie à la pratique
Les notions de souveraineté numérique et de cybersécurité redéfinissent votre périmètre de responsabilité.
L’exposition aux lois extraterritoriales, l’usage des données dans les modèles d’IA, la concentration du marché cloud, les exigences de NIS2 ou de DORA… tous ces éléments déplacent la cybersécurité vers un terrain plus stratégique et réaliste : celui d’une “dépendance maîtrisée”.
En intégrant dès maintenant cette dimension, vous renforcez
- votre résilience opérationnelle,
- votre conformité réglementaire,
- votre crédibilité auprès des grands comptes et des autorités,
- votre autonomie stratégique à long terme.
Les autres continueront à fonctionner… jusqu’au jour où une contrainte juridique, un incident global ou un changement de politique fournisseur révélera la fragilité du modèle. La cybersécurité moderne ne protège plus seulement contre les attaques. Elle protège aussi contre les dépendances non maîtrisées. C’est précisément là que commence votre souveraineté.
Si vous souhaitez approfondir ces enjeux, notamment autour de l’intelligence artificielle, de la gouvernance des données et des impacts réglementaires, visionnez cette vidéo :
Notre expert juridique Pourya Karimi (Head of Legal) et notre CEO Ludovic Rateau y explorent en détail les implications concrètes de l’IA sur la souveraineté et la conformité des entreprises.
Nos équipes sont également disponibles pour échanger sur vos problématiques de sécurisation des communications d’entreprise (téléphonie, visioconférence interne, assistants IA). Contactez-nous dès maintenant.
FAQ sur la cybersécurité et la souveraineté numérique
Qu’est-ce qu’un acteur souverain ?
Un acteur souverain est une entreprise technologique dont la gouvernance, le siège juridique et l’infrastructure relèvent exclusivement d’une juridiction européenne et qui n’est pas soumise à des lois extraterritoriales comme le CLOUD Act américain.
Cela implique :
- une maîtrise des données sous droit européen,
- une chaîne de sous-traitance transparente,
- l’absence d’ingérence légale étrangère,
- une capacité contractuelle claire sur la réversibilité et l’usage des données.
La souveraineté ne se limite pas à l’emplacement des serveurs. Elle repose sur la juridiction réelle et la structure capitalistique.
Quels sont les 4 piliers de la cybersécurité ?
La cybersécurité moderne repose généralement sur quatre piliers complémentaires :
- Prévention : réduction de la surface d’attaque (configuration sécurisée, mises à jour, gestion des accès).
- Détection : identification rapide des incidents (SOC, SIEM, supervision continue).
- Réponse : capacité à contenir et corriger un incident (plans de réponse, cellules de crise).
- Résilience : continuité d’activité et reprise après incident (sauvegardes, redondance, PRA/PCA).
Aujourd’hui, la souveraineté numérique s’ajoute à ces piliers en renforçant la maîtrise des dépendances technologiques.
Qu’est-ce que DORA ?
DORA (Digital Operational Resilience Act) est un règlement européen adopté en 2022, applicable progressivement depuis janvier 2023 et pleinement opérationnel en janvier 2025.
Il impose aux institutions financières et à leurs prestataires IT critiques :
- des exigences renforcées de gestion des risques numériques,
- des tests de résilience réguliers,
- un encadrement strict des fournisseurs tiers,
- des obligations de notification d’incidents.
DORA place la dépendance fournisseur au cœur de la gestion du risque opérationnel.
Qu’est-ce que NIS2 ?
NIS2 est une directive européenne sur la cybersécurité. Adoptée le 14 décembre 2022, entrée en vigueur le 16 janvier 2023, elle devait être transposée dans les États membres avant le 17 octobre 2024.
Elle élargit considérablement le nombre d’entités concernées (énergie, transport, santé, numérique, administrations, etc.) et impose :
- une gouvernance renforcée des risques,
- la sécurisation de la supply chain,
- des obligations strictes de notification d’incidents,
- une responsabilité accrue des dirigeants.
C’est quoi l’AI Act ?
L’AI Act est le règlement européen encadrant l’intelligence artificielle. Adopté en 2024, il instaure une approche par niveau de risque.
Il classe les systèmes d’IA en plusieurs catégories (risque minimal à inacceptable) et impose :
- des obligations de transparence,
- des exigences de documentation et de traçabilité,
- des contrôles renforcés pour les systèmes à haut risque.
Pour les entreprises, cela signifie que l’usage de solutions d’IA ne relève plus uniquement de la performance technique, mais aussi de la conformité réglementaire et de la gouvernance des données.
Mentions
- [1] https://www.ovea.com/
- [2] https://www.lemagit.fr/
- [3] https://www.journaldunet.com/
- [4] https://cyber.gouv.fr
Publié le 25 février 2026.